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Jardin

Comment tailler un olivier : forme ou récolte

Fin d'hiver pour la silhouette, bois d'un an pour les olives : ce que la date et le geste de taille changent vraiment sur un olivier de jardin.

PAR CLAIRE AUBANEL · 10 MIN · 2 SEPTEMBRE 2026

Olivier adulte au tronc noueux taillé en gobelet ouvert, rameaux coupés au sol, un matin de fin d'hiver en restanque

La coupe de fin d'hiver, avant que la sève ne monte.

Début mars dans le Gard, un oléiculteur lève sa lame vers un arbre de quarante ans et n’en retire presque rien : trois gourmands, une branche qui retombe, un rameau mort. Comment tailler un olivier tient dans cette économie de gestes. La période choisie, la forme donnée dès les premières années et le respect du bois d’un an décident de la récolte bien davantage que le volume retiré.

Après les gelées, avant le réveil

L’olivier se taille en fin d’hiver, quand le risque de fortes gelées est écarté et avant que la sève ne remonte franchement. Dans le Midi oléicole, la fenêtre s’ouvre fin février et court jusqu’à fin mars ; les oliviers du littoral ouvrent la saison, ceux de l’arrière-pays ferment la marche. Plus au nord, sur la façade atlantique ou en région lyonnaise, on attend plutôt fin mars à mi-avril. Les dates varient d’une vallée à l’autre, mais les conseils convergent sur le même repère : plus aucune nuit annoncée sous -5 °C, des bourgeons encore fermés.

Cette période n’a rien d’un détail. Une taille d’automne ouvre des plaies que le gel de janvier transforme en portes d’entrée pour les maladies ; une intervention trop tardive, en mai, supprime des rameaux déjà chargés de boutons floraux. Dans les deux cas, les olives de l’année s’en ressentent directement. La taille des oliviers de verger revient chaque année ou tous les deux ans ; mieux vaut tailler léger et régulier que fort tous les cinq ans : l’espèce répond mal aux coupes brutales. Sur un sujet d’ornement, l’entretien peut s’espacer sans dommage.

Ornement ou verger, deux intentions

Avant de couper la première branche, il faut savoir ce qu’on attend du sujet ; les techniques divergent selon la réponse. L’olivier d’ornement se maintient : on conserve une silhouette, boule, nuage ou port libre, en raccourcissant les pousses de l’année et en limitant la hauteur. Cette taille reste légère, presque esthétique et rien n’empêche de tailler une seconde fois en juin pour tenir la forme. Beaucoup d’oliviers de jardin ne connaissent que ce régime et s’en portent bien.

L’olivier de production se taille pour fructifier. L’objectif change tout : il s’agit d’aérer la couronne, de renouveler le bois fruitier et de garder le sommet de la ramure à trois ou quatre mètres, hauteur au-delà de laquelle la récolte au peigne ou au filet devient acrobatique. Les oléiculteurs retirent chaque année davantage de ramure qu’un jardinier n’ose le faire, précisément parce qu’ils savent où viendront les olives. Le laurier rose connaît la même dépendance entre date de taille et floraison, mais son calendrier lui est propre.

Les olives naissent sur le bois d’un an

C’est le principe cardinal, celui qui explique la plupart des paniers vides. L’olivier fructifie sur les rameaux qui ont poussé l’année précédente : ces pousses souples de trente à soixante centimètres, encore claires, formées au printemps dernier. Raser tout ce bois neuf, c’est supprimer la récolte à venir ; ne rien couper, c’est laisser l’arbre s’épuiser et alterner, comme font tant d’oliviers laissés libres : une année pleine, une année creuse.

Tailler un olivier revient donc à trier. On garde une bonne part des rameaux d’un an bien placés, en périphérie et sur les flancs éclairés de la couronne. On retire le bois ancien, celui qui a déjà donné, reconnaissable à ses pédoncules secs, pour favoriser les pousses qui fructifieront dans deux ans. Ce tri, répété chaque année, régularise l’arbre et limite l’alternance. Les hortensias posent au jardinier une question voisine : chaque groupe fleurit sur les pousses de l’an passé ou sur celles du printemps et se taille en conséquence.

Le gobelet, la taille de formation

Les trois premières années, la lame reste au fourreau ou presque : le jeune olivier installe ses racines et chaque feuille compte. Sur les jeunes arbres, la taille de formation commence vers la quatrième année, quand le tronc atteint le diamètre d’un manche de pioche. On dégage alors le tronc sur quatre-vingts centimètres à un mètre en supprimant les branches basses puis on choisit trois à cinq charpentières principales, réparties régulièrement autour de l’axe.

Taillez ensuite la flèche centrale au-dessus de la charpentière la plus haute. Privé de son axe, l’arbre s’ouvre en gobelet : un centre vide, des charpentières inclinées vers l’extérieur, une lumière qui descend jusqu’au cœur et favorise la mise à fruit ; l’esthétique rejoint ici le rendement. Ce type de formation se répartit sur deux ou trois saisons et conditionne quarante ans de récoltes. Un olivier formé en gobelet se cueille depuis le sol ou un escabeau ; les arbres montés en flèche réclament une échelle et finissent par ne donner qu’au sommet.

Ouvrir le centre, laisser entrer la lumière

Sur un sujet formé, la taille d’entretien revient chaque année à la sortie des gelées et tient en un mot : éclaircir. Avant de tailler, on fait le tour de l’arbre et on repère les branches à retirer ; cette taille d’éclaircie est un travail d’observation plus que de matériel. On supprime les pousses qui filent vers l’intérieur, celles qui se croisent, les mortes et celles qui retombent jusqu’à toucher le sol. Chaque olive a besoin de soleil direct pour mûrir ; un arbre au centre encombré produit des feuilles, pas des fruits. Le dicton provençal fixe la mesure mieux qu’aucun manuel.

Contre-plongée dans la charpente d'un arbre éclairci, le ciel visible entre trois charpentières bien réparties

« Un olivier bien taillé laisse passer une hirondelle sans qu’elle referme les ailes. »

Restent les gourmands, ces pousses verticales et vigoureuses qui jaillissent du tronc ou du dos des charpentières. Ils consomment la sève, portent des feuilles en abondance, mais fructifient mal. Profitez de l’été, quand ils sont encore tendres, pour les arracher à la main ; durcis, ils réclament l’ébrancheur. On traite de la même manière les rejets de souche, ces jeunes tiges qui montent du pied. Laissés en place, ils transforment l’olivier en buisson et affament le tronc principal. Un ou deux passages rapides suffisent ; ce jardinage d’été complète la taille de mars sans jamais la remplacer.

En pot, une taille plus courte et plus fréquente

Les oliviers plantés en bac, sur une terrasse ou dans un jardin de ville, vivent sur des réserves comptées : quarante à soixante litres de substrat ne nourrissent pas la même ramure qu’une pleine terre. La taille de l’olivier en bac suit le principe du gobelet aéré, mais en version courte. Chaque printemps, on raccourcit d’un tiers les pousses de l’année précédente, on limite la hauteur autour de 1,80 m à 2 m au-dessus du bac puis on dégage le centre des branches qui l’encombrent.

Taillez court, mais souvent : c’est la règle du bac. Une retouche légère au sécateur en juin complète la coupe de mars, l’objectif étant plus souvent la silhouette que la production ; ces deux tailles rapprochées maintiennent une ramure dense sans épuiser le sujet et laissent, les bonnes années, quelques olives en prime. À chaque rempotage, tous les trois à quatre ans, on peut réduire d’un cinquième le volume des racines et alléger d’autant le houppier : cet équilibre évite au feuillage de griller au premier été chaud.

Rajeunir un vieux sujet en trois saisons

Un olivier abandonné dix ans, au fond d’un verger ancien, se reconnaît de loin : un fouillis de branches enchevêtrées, des rameaux morts au centre, des olives rares et perchées. Comment tailler un tel sujet sans l’épuiser ? Le rattrapage existe, l’espèce repart de tout, y compris de la souche, mais cette taille de rajeunissement se mène en trois étapes que les techniques de verger ont éprouvées de longue date. Ce type de chantier ne supporte pas la précipitation : les conseils des oléiculteurs tiennent en une règle, ne jamais retirer plus d’un tiers du volume la même année.

La première saison, on sort le bois mort et les branches cassées puis on rouvre le centre en sciant une ou deux grosses branches mal placées, au ras de leur insertion, sans laisser de chicot. La deuxième, on rabat les charpentières trop hautes sur un tire-sève, c’est-à-dire une branche secondaire orientée vers l’extérieur. La troisième saison consiste à trier les repousses : l’arbre aura réagi en produisant des gourmands en quantité, dont on conserve les mieux placés pour favoriser la reconstruction de la couronne. Dans les cas extrêmes, gel sévère ou cœur creux, le recépage total à trente centimètres du sol reste possible ; cette technique ancienne redonne aux vieux oliviers une charpente complète en une dizaine d’années. Trois tailles progressives valent toujours mieux qu’une seule coupe massive : la production repart dès la deuxième année sur les sujets ménagés.

Du sécateur à la scie, trois lames

Trois outils couvrent l’essentiel du travail ; à chaque diamètre ses outils. Le sécateur à main traite les rameaux jusqu’à deux centimètres de diamètre ; l’ébrancheur à deux mains prend le relais sur les branches jusqu’à quatre ou cinq centimètres ; au-delà, la scie d’élagage à denture japonaise laisse une coupe nette qui cicatrise vite. Des outils affûtés tranchent les tissus, une lame émoussée les écrase : vérifiez chaque tranchant avant utilisation. À partir d’une dizaine d’arbres, les outils à batterie épargnent les tendons : une batterie récente tient la matinée et se recharge le temps du déjeuner ; une seconde batterie, laissée au chargeur, couvre les grandes journées. Dans les enseignes spécialisées, comptez 150 à 400 euros pour un sécateur électrique sérieux, contre 30 à 60 euros pour de bons sécateurs manuels. Des sécateurs bien entretenus, essuyés et rangés au sec, supportent vingt ans d’utilisation ; l’investissement se raisonne au nombre de sujets à entretenir.

La désinfection n’est pas une coquetterie, c’est l’un des conseils les plus répétés des pépiniéristes. Les lames se passent à l’alcool à 70 degrés entre deux sujets, geste qui bloque la tuberculose de l’olivier et la verticilliose ; champignons et bactéries voyagent par les plaies de taille et seul un tranchant propre fait barrière. Profitez d’une journée sèche pour intervenir, les tissus humides s’infectent plus vite et les spores s’y installent volontiers ; la qualité du geste compte autant que le matériel. Les branches retirées sur un sujet malade quittent le jardin, elles ne vont ni au broyeur ni au compost. Quant au mastic cicatrisant, les conseils ont changé : il retient l’humidité plus qu’il ne protège ; une coupe de qualité, nette, inclinée et bien placée, se referme seule.

Les erreurs principales, celles qui coûtent une récolte, se résument à quatre gestes : tailler en automne et offrir les plaies au gel, tailler en mai et supprimer les boutons floraux, raser tout le bois d’un an par excès de zèle, laisser un olivier libre alterner jusqu’à l’épuisement. Aucune ne se rattrape dans l’année ; toutes se corrigent la saison suivante, l’olivier pardonne.

Le sécateur sort quand le mimosa fleurit

Dans le Midi, la floraison du mimosa donne le signal : quand le jaune s’allume fin février, les fortes gelées sont derrière et l’olivier attend la lame. Une matinée suffit pour tailler un arbre formé, trois saisons pour rattraper un sujet oublié ; peu de gestes de jardinage portent aussi loin dans le temps. Les lames regagnent l’atelier, nettoyées à l’alcool, le tranchant affûté pour la saison prochaine. Ce qui s’est coupé en mars se lira en novembre, au poids du panier.

CLAIRE AUBANEL

Vit et écrit dans le Perche, dans une maison qui lui apprend le reste.

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