Jardin
Quand tailler les hortensias, groupe par groupe
Macrophylla en fin d'hiver, paniculata plus franchement : la date de taille des hortensias décide de la floraison de l'été suivant, groupe par groupe.
Fin février dans le Perche, les hortensias du mur nord portent encore leurs têtes fanées, rousses et translucides sous le givre du matin. Le sécateur ressort, mais pas pour tous les pieds : savoir quand tailler les hortensias revient d’abord à savoir sur quel bois chaque variété fleurit. Les uns se retouchent à peine en mars, les autres se rabattent sans état d’âme, le grimpant attend juillet.
Le bois de l’an passé ou celui du printemps
Un hortensia ne se trompe jamais de date ; c’est le jardinier qui se trompe de variété. Hydrangea macrophylla, l’hortensia boule des façades de l’Ouest, forme ses bourgeons floraux dès l’été précédent, au sommet et à l’aisselle des tiges qui viennent de fleurir. Couper ces tiges en automne ou les rabattre court en hiver, c’est jeter les fleurs de l’été suivant au pied du mur. À l’inverse, Hydrangea paniculata et Hydrangea arborescens fleurissent sur le bois de l’année, ces pousses qui sortent au printemps même : on peut les tailler franchement sans rien sacrifier, la plante reconstruit tout en une saison.
Toute la taille des hortensias découle de ce partage et se tromper de groupe coûte une floraison entière. Les conseils d’almanach donnent volontiers une date unique ; un paysagiste raisonne d’abord par groupe. On identifie la variété, la date tombe ensuite d’elle-même : la fin de l’hiver et le début du printemps pour presque tout le monde, hors période de gel, avec un geste léger d’un côté et une coupe franche de l’autre. Le reste de l’entretien attendra ; seule cette date-là ne se rattrape pas.
Macrophylla et serrata, la retouche de mars
Ce sont les hortensias des jardins de l’Ouest de la France, têtes rondes roses ou bleues chez le macrophylla, fleurs plates et port compact chez Hydrangea serrata, son cousin des montagnes japonaises qui dépasse rarement 1,20 m. Tous deux fleurissent sur les rameaux de l’an passé : la taille se limite à un nettoyage.
La fenêtre s’ouvre entre la fin février et la fin mars selon les régions et selon l’exposition du jardin. Dans un jardin doux du littoral atlantique ou du Val de Loire, on peut intervenir dès la mi-février ; ailleurs, on attend que les fortes gelées soient passées, quitte à repousser à la mi-mars. Le contenu de la séance tient en trois gestes, toujours les mêmes :
- Les fleurs fanées : on les supprime en coupant juste au-dessus de la première paire de gros yeux rencontrée sous la tête sèche.
- Le bois mort : cassant, brun à cœur quand on l’entaille, il se coupe au ras de son point de départ.
- Les vieilles branches : sur un pied adulte, deux ou trois parmi les plus âgées se rabattent au ras du sol, jamais plus d’un quart de la touffe.
Les variétés remontantes, capables d’une seconde floraison sur les rameaux de l’année, pardonnent une taille un peu appuyée. Les autres non : chaque tige raccourcie de moitié est une tige qui ne fleurira pas.
Paniculata et arborescens, la coupe franche
Changement complet de régime avec les panicules coniques d’Hydrangea paniculata, blanches puis rosées en fin d’été et les boules blanches de l’arborescens, dont ‘Annabelle’ reste la plus célèbre des variétés. Les deux espèces reconstruisent tout au printemps : plus la taille est courte, plus les nouvelles pousses seront vigoureuses et les inflorescences volumineuses, sans rien coûter à la floraison.
En février ou mars, on rabat toutes les pousses de l’an passé à deux paires de bourgeons de leur base. Concrètement, un arborescens se retrouve entre 30 et 50 cm du sol ; un paniculata conduit en petite charpente se garde un peu plus haut, autour de 60 à 80 cm. Un arbitrage se joue là : taillé très court, ‘Annabelle’ produit des boules énormes que la première pluie d’été couche au sol. Conserver 40 à 50 cm de charpente donne des fleurs à peine plus petites, mais des tiges qui tiennent debout. Cette taille de charpente se décide une fois pour toutes, la première année de conduite.
Grimpant et feuilles de chêne, deux régimes à part
L’hortensia grimpant, Hydrangea petiolaris, joue sa propre partition. Il s’accroche seul au mur par ses crampons, la plante met trois à quatre ans à s’installer et il fleurit sur le bois ancien. On ne le taille donc jamais en mars, sous peine de supprimer les larges corymbes blancs de juin. L’intervention se place juste après la floraison, en juillet et se limite à contenir : les branches qui décollent du mur, celles qui visent la gouttière ou la fenêtre. Rien de plus.
L’hortensia à feuilles de chêne, Hydrangea quercifolia, demande encore moins d’entretien. Ces deux espèces échappent au calendrier de mars. Il fleurit lui aussi sur les rameaux de l’été précédent et son port libre fait tout son charme dans un jardin d’ombre claire, avec le feuillage pourpre d’automne. Quelques rameaux morts, une branche vraiment gênante après la floraison et l’affaire est réglée pour l’année.
Les fleurs fanées montent la garde tout l’hiver
La tentation est grande, en novembre, de nettoyer ces têtes brunies qui semblent enlaidir le massif. C’est pourtant l’erreur de calendrier la plus répandue du jardinage d’ornement : tailler les hortensias à l’automne expose les bourgeons floraux à tout l’hiver. Les fleurs fanées laissées en place jouent le rôle d’un abri, comme chez bien des plantes de terre de bruyère ; elles coiffent le sommet fertile de chaque tige, limitent le rayonnement des nuits claires et font gagner les quelques degrés qui séparent un bourgeon intact d’un bourgeon grillé.
« On ne taille pas un hortensia selon le calendrier. Vous le taillez à un stade : quand les bourgeons prennent la taille d’oreilles de souris, la taille peut commencer. »
En climat très doux, où les gelées sévères restent rares, un nettoyage précoce en février ne fait pas courir grand risque à la plante. Partout ailleurs, ces arbustes gardent leurs têtes sèches jusqu’à la fin de l’hiver. Elles ont d’ailleurs leur beauté propre : sous le givre de janvier, une haie d’hortensias fanés vaut bien des graminées au jardin.
Au-dessus de la première paire de gros bourgeons
Savoir quand tailler les hortensias ne suffit pas ; il faut encore savoir où placer la lame et le geste se joue sur deux centimètres. On part de la fleur fanée, on descend le long de la tige et on s’arrête à la première paire d’yeux bien renflés. La coupe se place un centimètre au-dessus, légèrement inclinée pour que l’eau ne stagne pas sur la plaie. Le jardinier apprend vite à lire la tige : les gros yeux ronds du haut portent la fleur, les petits, plus pointus, ne donneront que du feuillage. Couper trop bas, sous cette zone fertile, revient à traiter un macrophylla comme un paniculata ; l’arbuste s’en remet, pas la floraison.
Le stade des oreilles de souris sert de dernier signal : quand les écailles s’écartent et laissent voir un duvet vert, la sève circule et la fenêtre se referme. Au-delà, ne taillez plus rien ; mieux vaut se contenter de retirer le sec et attendre l’an prochain. La séance s’achève en éclaircissant le centre de la touffe, rameaux grêles et branches qui se croisent, avec un sécateur affûté dont on passe la lame à l’alcool entre deux arbustes, pour ne pas transporter les maladies d’un pied à l’autre ; les jeunes rameaux de l’hortensia exigent une coupe nette, sans écrasement.
Rajeunir un vieux pied sans saison blanche
Un macrophylla de quinze ou vingt ans finit par se dégarnir de la base, avec des branches grises dont l’écorce s’exfolie et des inflorescences qui rapetissent. Tout rabattre d’un coup serait la réponse brutale : la plante repartirait, mais sans fleurs pendant deux étés. La taille de rajeunissement, propre aux vieux hortensias, donne le même résultat sans rien perdre. Chaque mois de mars, pendant trois ans, on coupe au ras du sol le tiers des tiges les plus âgées, reconnaissables à leur écorce craquelée, en conservant les pousses jeunes, lisses et couleur cannelle. Au troisième printemps, la charpente est entièrement renouvelée et le pied n’a jamais cessé de fleurir.
Reste le cas désespéré, la touffe épuisée qui ne produit plus rien : un rabattage complet à 20 cm du sol en mars, un arrosage suivi en été et l’on accepte une saison de feuillage seul avant le retour des fleurs l’année d’après.
Les oreilles de souris donnent le signal
Dès la mi-février, un tour de jardin tous les trois ou quatre jours suffit : on surveille les bourgeons plutôt que le calendrier. Le jour où ils gonflent, chaque groupe passe à son tour sous la lame, retouche pour les uns, coupe franche pour les autres. Savoir quand tailler les hortensias revient finalement à observer chaque hortensia plutôt que l’almanach ; une taille menée au bon stade, c’est déjà voir l’été.


