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Saisons

Que planter en novembre avant les gelées

Racines nues à la Sainte-Catherine, ail et derniers bulbes avant le gel : tout ce qui s'installe encore en novembre pour prendre l'avance au printemps.

PAR CLAIRE AUBANEL · 10 MIN · 21 JUILLET 2026

Que planter en novembre : bottes de scions à racines nues posées sur un lit de sable humide dans le hangar d'une pépinière

Le rang refermé avant les premières gelées blanches.

Le hangar de la pépinière sent l’humus. Sur un lit de sable, des bottes de scions étiquetés attendent, racines à l’air, entre deux passages du tuyau d’arrosage. C’est le signal de la saison : savoir que planter en novembre revient d’abord à profiter de la fenêtre des racines nues, la plus avantageuse de l’année au jardin, avant de garnir le potager d’ail et de fèves puis d’enterrer les dernières tulipes.

Le mois où les racines travaillent seules

En novembre, le sol garde encore la chaleur de l’été : 10 à 12 °C à trente centimètres de profondeur dans la plupart des régions de France, quand l’air affiche déjà des matinées à 3 °C. Cette inversion fait tout l’intérêt de la période. Les parties aériennes dorment, la sève ralentit, mais les racines continuent de pousser tant que ce matelas tiède se maintient au-dessus de 7 °C environ. Ce matelas tiède prolonge la fenêtre ouverte par les plantations de septembre et d’octobre.

Un arbre ou un arbuste mis en terre maintenant passe donc l’hiver à s’ancrer. Au printemps, quand les bourgeons s’ouvrent, son système racinaire fonctionne déjà et il traverse son premier été avec deux ou trois arrosages là où une plantation d’avril en réclame dix. Les pluies du mois font le reste : dans un jardin correctement tassé à la plantation, l’arrosoir ne ressort pratiquement pas avant mai.

« Un arbre planté en novembre prend six mois d’avance sur le même arbre planté en avril. »

La seule vraie limite est l’état du sol. On n’intervient ni en sol gelé ni en terrain détrempé qui colle à la bêche par paquets. Entre deux épisodes pluvieux, une fenêtre de deux ou trois jours sans eau suffit pour tout mettre en place.

La fenêtre des racines nues

De novembre à mars, pépiniéristes et jardineries proposent arbres et arbustes en racines nues : des sujets arrachés en plein champ, livrés sans pot ni motte, le chevelu simplement protégé par un sac ou de la paille humide. Le premier argument est le prix. Un scion de pommier vaut 15 à 25 € sous cette forme contre 35 à 60 € pour le même en conteneur, soit 30 à 50 % d’économie sur l’ensemble d’un projet de verger ou de haie. Le second argument est la reprise : ce chevelu n’a jamais tourné en rond dans un pot, il colonise sa nouvelle place sans détour.

La formule concerne les végétaux caducs, ceux qui perdent leurs feuilles : arbres fruitiers, rosiers, plants de haie champêtre, sujets d’ornement. Les persistants, laurier-tin ou photinia par exemple, restent vendus en conteneur et se plantent aussi sur cette période, sans urgence particulière.

La contrepartie tient en une consigne : ne pas laisser le chevelu se dessécher. On plante dans les huit jours suivant l’achat. Si le sol gèle entre-temps, on met les sujets en jauge, c’est-à-dire couchés dans une tranchée à l’ombre d’un mur, couverts de sable ou de terreau léger, en attendant mieux. C’est précisément pour cette souplesse que planter en novembre reste la règle chez les professionnels du paysage, qui réservent le conteneur aux chantiers de printemps.

Le verger et les petits fruits

Pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers : les fruitiers vendus sans conteneur arrivent en pépinière dès la Toussaint et les plus belles variétés partent vite. Un scion d’un an se forme à volonté ; un demi-tige de deux ou trois ans, vendu 25 à 45 €, donne des fruits plus tôt. Les distances se décident avant de creuser : 4 mètres entre deux formes en gobelet, 1,50 mètre pour des fuseaux, 50 centimètres à peine pour des cordons le long d’un mur exposé au soleil.

Les petits fruits suivent la même logique. Groseilliers et cassissiers coûtent 5 à 8 € pièce et se plantent tous les mètres. Les framboisiers, 1,50 à 3 € la canne, s’alignent tous les 50 centimètres le long d’un fil de fer tendu et tolèrent la mi-ombre. Tous apprécient un apport de compost bien mûr dans la terre de rebouchage, seul engrais de la saison ; jamais de fumier frais au fond du trou.

Un repère guide le rebouchage : le point de greffe, ce renflement à la base du tronc, doit rester au-dessus du niveau du sol sur les fruitiers. Enterré, il provoque l’affranchissement du greffon et le sujet perd les qualités de sa variété.

Haies champêtres et rosiers de plein vent

Le jardin d’ornement a lui aussi son rendez-vous de novembre. Une haie champêtre se compose de jeunes plants de 60 à 90 centimètres, charme, noisetier, cornouiller sanguin, troène ou viorne, facturés 1,50 à 4 € pièce en cette saison. On les installe tous les 80 centimètres à 1 mètre, en quinconce sur deux rangs pour un écran plus dense. À ce tarif, planter cinquante mètres de haie variée revient moins cher que dix mètres de thuyas en conteneur. Les arbustes à floraison printanière vendus en pot, seringat ou groseillier à fleurs, se plantent aussi ce mois-ci.

Les rosiers à racines nues, 8 à 15 € contre le double en pot, sont à planter avec le point de greffe enterré de deux à trois centimètres en climat froid ; la butte de terre légère montée sur la base les protège ensuite jusqu’en mars. Quant aux grands arbres d’ornement, tilleuls, érables ou chênes, leur cas a été traité avec les plantations d’octobre : la consigne reste la même en novembre, tant que la bêche entre sans forcer.

Le pralin, le tuteur et la cuvette

La méthode tient en une demi-heure par sujet. On commence par l’habillage : une coupe nette des extrémités abîmées, au sécateur propre. Vient le pralinage, ce bain de boue épaisse mêlant un tiers de glaise, un tiers de compost ou de bouse et un tiers d’eau, dans lequel le système racinaire trempe quelques minutes. Ce manchon humide relance l’émission de radicelles ; les enseignes de jardinage vendent aussi du pralin prêt à l’emploi autour de 8 € le kilo.

Deux mains trempent des tiges fines dans une bassine de boue épaisse, près d'un piquet de bois, sous une lumière grise et douce

Le trou fait 50 centimètres en tous sens, les parois griffées à la fourche pour que le chevelu ne bute pas sur une paroi lissée. Le tuteur se plante avant le scion, côté vents dominants, pour ne rien transpercer ensuite. On positionne le sujet collet au niveau du sol, on rebouche avec la terre la plus fine versée en premier, au plus près du plant, on tasse au pied puis on façonne une cuvette.

Reste le geste que la pluie fait oublier à tort : dix litres d’eau versés dans la cuvette, même sous l’averse. Cet arrosage de plombage n’hydrate pas les plantes, il plaque la terre en profondeur et chasse les poches d’air où le gel s’installerait.

L’ail, les fèves et les pois d’hiver

Le potager de novembre se joue sur trois légumes rustiques, à planter ou à semer selon les cas. L’ail d’abord : les variétés blanches et violettes sont à planter maintenant pour se récolter en juillet, avec des têtes plus grosses qu’une culture démarrée au printemps. Les caïeux exigent un drainage parfait ; en sol lourd, on plante sur une butte de dix centimètres. Ni fumure fraîche ni précédent de la même famille, oignon ou échalote, sur la parcelle : la rotation des cultures s’applique aussi aux caïeux. L’entretien se limitera ensuite à quelques binages.

  • Ail blanc ou violet : caïeux plantés pointe en haut à 3 ou 4 centimètres de profondeur, tous les 12 centimètres, en rangs espacés de 25 à 30 centimètres.
  • Échalote grise : plantation de novembre à janvier, pointe affleurante, 15 centimètres en tous sens, uniquement en sol léger.
  • Fève de type Aguadulce : une graine à semer à 5 centimètres de profondeur tous les 15 centimètres, pour une récolte fin mai avec trois semaines d’avance sur un semis de février.
  • Pois à grain rond : semis clair, graines à 3 centimètres de profondeur en rangs espacés de 40 centimètres, réservé aux régions à hivers doux, littoral atlantique et Midi en tête.

Semer en novembre reste donc possible, mais la liste des légumes est courte et le climat tranche : au nord de la Loire, fèves et pois attendront la fin de l’hiver sous peine de fondre au premier gel prolongé. Les graines lèvent lentement, en trois semaines parfois et un semis tardif ne rattrape jamais une parcelle inondée. Sur les planches encore nues du potager, les engrais verts d’ultime recours, seigle ou vesce d’hiver, sont à semer dans la première quinzaine ; ces engrais verts protègent la parcelle des pluies battantes et la technique, détaillée pour les semis de fin d’été, ne change pas, sinon une levée plus lente. Les cultures sous abri prolongent la saison : sous châssis, on repique des laitues d’hiver, on y sème quelques radis de tous les mois en climat doux, les derniers radis de l’année. Les plants de mâche trouvent leur place entre deux rangs.

Tulipes, les dernières à descendre

Contrairement aux narcisses, pressés dès septembre, les tulipes préfèrent une terre refroidie sous 10 °C : plantées trop tôt, elles s’exposent à la fusariose, ce champignon qui pourrit les bulbes. Novembre est donc la bonne période pour les planter, jusqu’aux premiers gels durables. On les enterre à 10 ou 15 centimètres, soit deux à trois fois la hauteur du bulbe, pointe vers le haut, par groupes de sept à quinze pour une floraison en masse au printemps. Les fleurs s’accommodent, au jardin, du plein soleil comme de l’ombre légère des arbres caducs. En filet de cinquante, le bulbe revient à 0,30 à 0,80 €.

Un détail que les catalogues taisent : mulots et souris raffolent des bulbes fraîchement plantés. Dans un jardin où ils sévissent, un panier à bulbes grillagé ou une poignée de gravier au fond du trou limite les pertes, une protection qui ne coûte presque rien. Les retardataires peuvent encore glisser narcisses, crocus et muscaris dans la même tranchée ; leurs fleurs seront simplement décalées de quelques jours.

Protéger ce qui vient d’être planté

La mise en place ne s’arrête pas au rebouchage. Un paillage de dix centimètres, feuilles mortes ramassées sur la pelouse, broyat ou paille, couvre le pied des plantations du mois, garde l’humidité des pluies d’automne et dispense de tout arrosage jusqu’en mars. Les rosiers reçoivent leur butte, les jeunes tiges des fruitiers une protection grillagée contre les lapins. Cet entretien de fin d’automne se prolonge d’un tour du jardin : les plantes frileuses en pot, agrumes ou lauriers-roses, rejoignent un abri hors gel et les légumes encore en place au potager, poireaux ou choux, se paillent à leur tour pour rester arrachables en janvier.

Le voile d’hivernage, 2 à 4 € le mètre en rouleau, complète le paillage sur les arbustes tout juste installés, pour leur premier hiver en climat froid. Une protection légère plutôt qu’une assurance : un sujet fraîchement installé craint moins le froid que le vent desséchant et le voile se retire dès que la douceur revient, pour ne pas confiner les feuilles. L’entretien s’arrête là : aucune taille sur les sujets qu’on vient de planter, elle attendra février.

À la Sainte-Catherine, la bêche a rendez-vous

« À la Sainte-Catherine, tout bois prend racine » : le dicton guide encore le jardinage de novembre et fixe le rendez-vous au 25, mais la saison des plantations reste ouverte tant que le gel ne s’installe pas en profondeur. Ce qui se plante ou se sème ce mois-ci, au potager comme au verger, scion de pommier, plant de charme, caïeu d’ail ou bulbe de tulipe, prendra une saison d’avance sur tout ce qui attendra les beaux jours. Il ne reste qu’à guetter une matinée sans pluie : le sol de novembre fera le reste du travail au jardin, seul et sans bruit, jusqu’en mars.

CLAIRE AUBANEL

Vit et écrit dans le Perche, dans une maison qui lui apprend le reste.

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