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Saisons

Que planter en septembre au jardin ?

Six semaines avant les gelées, la terre est encore chaude : ce qu'il faut planter en septembre pour cueillir jusqu'en mars, planche par planche.

PAR CLAIRE AUBANEL — 9 MIN — 7 JUILLET 2026

Semis d'automne en lignes sous la serre adossée

Cinq jours pour lever, six semaines pour s'installer.

Le 5 septembre au matin, la terre du potager affiche encore 17 °C à dix centimètres de profondeur ; de quoi lever une graine de mâche en cinq jours. Savoir que planter en septembre revient à jouer cette fenêtre courte : un sol chaud, des nuits qui rallongent et six à huit semaines devant soi avant les premières gelées. Voici la méthode, planche par planche, des légumes du potager aux fleurs du jardin d’ornement.

La terre est chaude, pas pour longtemps

Septembre est un mois à contretemps. La lumière baisse, mais le sol, lui, garde la chaleur accumulée depuis juillet. C’est exactement l’inverse du printemps, où l’on vient semer dans une terre froide sous un soleil déjà généreux. Pour une graine, la température du sol compte davantage que celle de l’air : un radis levé en avril met huit jours à sortir, le même semé début septembre pointe en quatre.

Cette avance a une date limite. Selon les régions de France, les premières gelées blanches arrivent entre la fin octobre en plaine continentale et la mi-novembre sur les façades océaniques. Tout ce que l’on veut planter en septembre doit donc avoir le temps de s’enraciner avant que le froid ne gagne les dix premiers centimètres. Concrètement, la première quinzaine du mois vaut de l’or ; la seconde reste utilisable, à condition de choisir des variétés rustiques et de prévoir un voile d’hivernage en secours. Au jardin, le calendrier de septembre ne pardonne pas les reports ; les semis lancés en août ont déjà une longueur d’avance.

Les semis du potager d’hiver

Au potager, septembre permet encore de semer en place la plupart des légumes qui traverseront la mauvaise saison. La mâche ouvre le bal : semée à la volée ou en lignes espacées de vingt centimètres, à peine recouverte, elle se récolte de novembre à mars. Une variété comme la verte de Cambrai tient sans broncher sous la gelée. L’épinard géant d’hiver suit la même logique, semé en lignes à un centimètre de profondeur, pour récolter les épinards feuille à feuille dès la fin octobre puis de nouveau au printemps.

Les radis d’hiver, noirs ou violets selon les variétés, se sèment en début de mois ; ces légumes racines grossissent jusqu’aux premières vraies gelées. On glisse aussi, entre deux rangs, une ligne de radis roses de tous les mois, prêts en dix-huit jours. Les navets d’automne demandent la même précocité. Côté salades, les laitues d’hiver se sèment en pépinière pour un repiquage en octobre, sous une exposition dégagée ; une batavia dorée bien choisie passera la mauvaise saison en place sous un simple voile. On peut aussi semer une dernière ligne de laitues à couper pour cueillir des jeunes pousses dès octobre. Enfin, la dernière semaine du mois convient encore aux oignons blancs : ces oignons semés maintenant donneront des bulbes précoces en mai.

Le geste commun à tous ces semis : une terre affinée au râteau, quelques graines par poquet ou en ligne claire, un arrosage en pluie fine à la levée puis presque plus rien. En conduite bio, aucun traitement n’est utile à cette période ; un filet anti-insectes posé dès le semis suffit contre l’altise et la mouche du navet.

Choux et jeunes plants à repiquer

Septembre est aussi le mois des plants en godets, dernière fenêtre pour planter les légumes les plus lents. Les brocolis à jets pourpres, repiqués en début de mois à cinquante centimètres en tous sens, produiront leurs pousses de février à avril. Les choux chinois, plus rapides, offrent une première récolte dès novembre s’ils sont mis en place avant le 15. Le chou de Milan d’hiver, repiqué maintenant avec une poignée de compost au fond du trou, pommera lentement pour se cueillir en plein cœur de la mauvaise saison, souvent meilleur après un coup de gel.

Les poireaux d’hiver achetés en bottes se repiquent encore en tout début de mois, enterrés profondément pour blanchir le fût ; on récoltera les fûts au fil des besoins, de décembre à mars. Pour toutes ces cultures, on arrose copieusement à la plantation, une fois, puis on laisse les pluies d’automne prendre le relais. Un paillage de tontes sèches ou de feuilles limite le désherbage et réduit l’entretien des planches jusqu’au printemps : les plantes ainsi couvertes se débrouillent quasiment seules.

« Le potager d’hiver ne se décide pas en décembre : il se sème avant l’équinoxe. »

Engrais verts sur les planches libérées

Toutes les planches ne seront pas replantées et c’est précisément là que se joue la fertilité du potager l’an prochain. Un sol nu de novembre à mars se tasse, se lessive et perd son azote ; la nature, elle, ne laisse jamais rien à découvert. Les engrais verts semés en septembre couvrent le sol, le structurent en profondeur et restituent leur matière organique aux cultures suivantes. C’est un pilier de la fertilité dans un jardin bio. Trois options se partagent le terrain :

  • Moutarde blanche : levée en quatre jours, elle couvre les planches en trois semaines ; on compte environ 200 grammes de graines pour 100 mètres carrés et le gel se chargera de la détruire.
  • Phacélie : plus lente, elle ameublit la terre avec son réseau racinaire dense et ne s’hybride avec aucun légume, ce qui simplifie les rotations.
  • Mélange vesce-seigle : le plus rustique, il passe l’hiver en place, fixe l’azote et se fauche en mars avant d’être incorporé en surface.

Le semis se fait à la volée sur une planche simplement griffée, suivi d’un passage de râteau ; ces plantes de couverture travaillent ensuite seules jusqu’en mars. Faute de temps pour semer, une épaisse couche de feuilles mortes fait office de couverture. C’est le geste le moins spectaculaire du mois et sans doute le plus rentable.

Fraisiers, aromatiques et fruitiers en conteneur

Pour les fraisiers, septembre est la période la plus favorable de l’année : on gagne à les planter avant la fin du mois, dans une terre encore chaude, pour une vraie récolte de fruits dès juin, quand une plantation de printemps fait patienter un an. On compte trente centimètres entre les plants, le collet affleurant, faute de quoi la plante pourrit. Le sol aura été enrichi de compost mûr ; en bio, une poignée de corne broyée complète l’apport. Côté petits fruits, on peut planter dans la même fenêtre groseilliers et cassissiers en conteneur, pour des fruits dès l’été prochain.

Les plantes aromatiques vivaces profitent du même calendrier : septembre est le moment idéal pour planter un romarin, un thym ou une sauge, qui repartiront fort en avril. On leur réserve une exposition en plein soleil et une terre drainante, quitte à ajouter une poignée de graviers au fond du trou. Ces plantations de septembre s’enracinent avant le froid ; chaque plante demandera moins d’arrosage l’été suivant qu’un sujet mis en place en mai.

Pour les arbres fruitiers, deux calendriers cohabitent. Les sujets vendus en conteneur peuvent se planter dès septembre : la motte est intacte, la reprise est douce et les pluies d’automne assurent l’arrosage de ces jeunes plantations. Les arbres à racines nues, eux, attendront la chute des feuilles, de novembre à février. Planter un pommier ou un poirier en conteneur maintenant, c’est gagner un automne complet d’enracinement ; ces arbres donnent souvent leurs premiers fruits avec une saison d’avance.

Au jardin d’ornement, le printemps se décide

Le jardin d’ornement vit lui aussi à contretemps. Les fleurs d’avril se plantent maintenant : narcisses, crocus, muscaris et jacinthes s’enterrent dès la fin septembre, à une profondeur idéale de deux à trois fois la hauteur du bulbe, pointe vers le haut. On choisit des bulbes fermes, sans trace de moisissure. Seules les tulipes font exception : mieux vaut les planter en octobre ou novembre, une plantation tardive limitant les maladies. Pour une floraison étalée de février à mai, on mélange les bulbes précoces aux tardifs dans la même bordure.

Les bisannuelles semées en été, pensées, myosotis ou giroflées, se repiquent en place ce mois-ci, sous une exposition lumineuse, pour offrir leurs premières fleurs dès les redoux. On peut encore semer directement quelques annuelles rustiques, nigelles, pavots ou bleuets : leurs graines lèvent à l’automne, tiennent tout l’hiver en jeunes rosettes et donnent des fleurs avec trois semaines d’avance.

La période se prête aussi à planter les vivaces de pépinière, dont la motte s’enracine vite avant les gelées. C’est enfin le bon moment pour diviser les vivaces dont la floraison s’essouffle, iris, hémérocalles ou asters : on soulève la touffe à la fourche-bêche, on la fragmente à la main et on replante les éclats extérieurs, les plus vigoureux, avec une pelletée de compost. Chaque division reprise en septembre vaut une plante achetée en godet au printemps ; c’est l’entretien le plus rentable du massif.

L’entretien qui accompagne le mois

Le reste du jardin demande quelques gestes d’entretien courant. Parmi les conseils de saison au potager, le plus contre-intuitif concerne l’arrosage : les nuits fraîches limitent l’évaporation et un excès d’eau en septembre fragilise les plantes à l’approche du froid. On arrose à la plantation, puis on laisse faire la nature ; les cultures en place se contentent des pluies, sauf semaine sèche prolongée.

Même famille de conseils, l’exposition mérite un regard neuf : le soleil descend sur l’horizon et telle planche en pleine lumière en juin se retrouve à l’ombre d’un mur dès la mi-septembre. Les derniers semis de laitues gagnent à être placés là où la lumière portera encore en octobre. On en profite pour récolter les graines des tomates, haricots ou fleurs annuelles ; séchées à plat dans une pièce ventilée, elles serviront aux semis de l’année prochaine.

Dernier rendez-vous du mois : les plantes d’intérieur sorties en mai rentrent avant que les nuits ne passent sous 10 °C, après une inspection des feuilles et un rempotage si les racines débordent. Attendre octobre, c’est leur imposer un choc thermique dont elles mettent des semaines à se remettre.

Semer aujourd’hui, cueillir sous le givre

Ce que l’on met en terre avant l’équinoxe fait la différence entre un jardin qui s’endort et un jardin qui traverse l’hiver. Une planche de mâche, deux rangs d’épinards et quelques choux repiqués suffisent à récolter des légumes frais jusqu’en mars. La terre est encore chaude ; c’est elle qui donne le tempo, pas le calendrier.

CLAIRE AUBANEL

Vit et écrit dans le Perche, dans une maison qui lui apprend le reste.

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