Saisons
Que planter en août pour récolter en hiver ?
La soudure d'hiver se joue maintenant : la liste complète de ce qu'il faut planter en août, du navet au chou chinois, avec les gestes qui font lever.
Le 10 août, dans mon potager du Perche, les tomates croulent encore, mais trois planches viennent de se libérer derrière les rangs d’oignons. C’est là que se joue la question que se posent tous les jardiniers à ce moment de la saison : que planter en août pour que le jardin ne s’arrête pas aux dernières récoltes d’été ? La réponse tient en une vingtaine de légumes, quelques fleurs et une poignée de gestes précis.
La terre d’août lève tout, très vite
Il faut le voir pour le croire : un semis de navet réalisé le 5 août lève en trois jours, quand le même semis d’avril demandait dix à douze jours. La terre affiche 22 à 25 °C en surface et cette chaleur accumulée fait germer les graines à une vitesse que le printemps ne connaît jamais. Août est une seconde saison de semis, plus courte, plus nerveuse, où chaque semaine compte ; c’est aussi la période où les travaux s’enchaînent le plus vite au calendrier du potager. Les graines profitent de cette chaleur comme d’aucune autre période de l’année et les récoltes qui en découlent s’échelonneront bien au-delà des premiers froids.
En contrepartie, sous le soleil d’août, l’évaporation est féroce. Un sillon ouvert à midi est sec avant le soir et une graine qui a commencé à germer puis manque d’eau ne repart pas. C’est cette contrainte d’eau qui trie ce qui se met en route en août : les espèces à levée rapide passent sans encombre, les plus capricieuses attendent la fin du mois et ses nuits déjà plus fraîches. Tout ce qu’on va semer ou planter ce mois-ci obéit donc à la même règle : arroser avant, arroser après, ombrer si le soleil tape au-delà de 30 °C.
L’enjeu dépasse le simple remplissage des planches vides. Les légumes semés maintenant constituent les récoltes d’automne et d’hiver ; ceux qu’on oublie de semer manqueront de novembre à mars, quand le potager ne produit presque plus rien de neuf. Dans un jardin bien mené, la soudure d’hiver se prépare entre le 1er et le 31 août, rarement au-delà. Chaque rang mis en route maintenant se traduit par des récoltes régulières au moment où les étals se vident.
« En août, on ne sème pas pour l’été qui finit : on sème pour la table d’hiver. »
Les légumes à semer en pleine terre
Sur les planches libérées par l’ail, les pommes de terre ou les premières laitues, la liste des semis possibles est plus longue qu’on ne le croit. Voici ceux qui donnent les résultats les plus réguliers sous climat français, avec leurs repères de conduite :
- Mâche : semée à la volée à partir du 15 août sur un sol tassé, à peine recouverte, elle se récolte de novembre à mars. Comptez 1 g de graines pour 2 m².
- Épinard : la variété Géant d’hiver, semée en rangs espacés de 25 cm, produit d’octobre jusqu’au début du printemps si l’on cueille feuille à feuille.
- Navet : semé clair à 1 cm de profondeur, éclairci à 10 cm, il se récolte dès octobre. Les variétés de conservation tiennent en silo jusqu’en mars.
- Radis d’hiver : Noir long ou Rose de Chine, semés à 2 cm de profondeur en début de mois, donnent des racines de 200 à 400 g à arracher avant les fortes gelées ; les radis roses, eux, se glissent encore entre deux rangs jusqu’à mi-septembre.
- Chicorées frisées et scaroles : semées en pépinière la première semaine d’août, repiquées trois semaines plus tard à 30 cm, elles se blanchissent en octobre.
- Laitues d’automne et oignons blancs : les premières se sèment tous les quinze jours pour échelonner ; les seconds, semés fin août, passeront l’hiver en place pour une récolte de mai.
Dans les régions douces, un rang de haricots nains passe encore avant le 5 août ; il se cueille fin septembre, juste avant les premières chicorées. Ailleurs, la fenêtre est close et, selon la région, l’ensemble de ces dates glisse d’une bonne semaine dans un sens ou dans l’autre.
Le conseil est simple : semer peu, mais souvent. Les récoltes s’étalent alors sur des semaines au lieu de s’entasser dans le même panier. Deux mètres de rang de laitues tous les quinze jours valent mieux que dix mètres d’un coup, qui montent tous ensemble à la première chaleur de septembre.
Pour les graines elles-mêmes, les sachets entamés au printemps conviennent si leur date limite n’est pas dépassée. Les jardiniers qui travaillent en graines bio reproductibles trouvent chez les semenciers spécialisés des variétés éprouvées, souvent absentes des rayons de jardinerie en cette saison. Les catalogues en ligne affichent parfois une promo d’arrière-saison sur les sachets de l’année : les graines gardent leur pouvoir germinatif et la note s’allège d’autant.
Les choux se plantent, ils ne se sèment plus
Pour les choux, la fenêtre de semis est passée depuis juin. En août, on plante : des godets achetés sur le marché, en bio chez certains maraîchers, ou ses propres plants élevés en pépinière depuis le début de l’été. Choux-fleurs et brocolis d’automne se mettent en place dans la première quinzaine, à 60 cm en tous sens, dans un sol enrichi de compost mûr ; les choux pommés d’hiver suivent le même calendrier avec 50 cm d’écart et le chou de Milan, plus rustique, tient jusqu’aux grands froids.
Le geste qui change tout tient dans l’arrosoir. On ouvre le trou de plantation, on le remplit d’eau, on laisse boire, puis on installe le plant en enterrant la tige jusqu’aux premières feuilles. Mieux vaut d’ailleurs planter le soir, à la fraîche : un chou planté sec en août végète trois semaines ; planté dans la boue, il repart en quatre jours.
Une exception mérite le détour : le chou chinois. Lui se sème directement en place entre le 10 et le 25 août, car le repiquage le fait monter en graines. Semé clair, éclairci à 40 cm, arrosé sans interruption, il forme en dix semaines des pommes tendres à récolter avant les gelées. Ce légume reste rare sur les planches françaises, alors qu’il supporte la mi-saison mieux que bien des salades. Comme d’autres légumes venus d’Asie, pak choï en tête, il préfère les jours qui raccourcissent et pomme d’autant mieux que la chaleur retombe. C’est l’un des légumes au meilleur rapport entre le temps passé et le poids récolté.
Des engrais verts sur les parcelles vides
Toutes les planches du potager ne seront pas replantées et c’est très bien ainsi. Là où rien ne suivra avant le printemps, on sème un engrais vert plutôt que de laisser la terre nue sous les pluies d’automne. La phacélie et la moutarde blanche, semées à la volée à raison de 1,5 à 2 g par m² puis ratissées en surface, couvrent le sol en trois semaines. Ce sont des travaux de dix minutes par planche, pas davantage.
Leur travail est invisible, mais réel : les racines structurent la terre, le feuillage étouffe les herbes indésirables et la masse fauchée avant la montée en graines restitue au sol ce qu’elle a capté. Au printemps, la parcelle se travaille sans effort, prête pour les plantations exigeantes. Pas un sac d’engrais acheté dans l’affaire : c’est le jardinage bio dans ce qu’il a de plus économe.
Pendant ce temps, les cultures d’été poursuivent leur saison sur les autres planches : tomates, concombres et aubergines n’ont pas dit leur dernier mot. On ne touche pas à ce qui produit ; on sème l’engrais vert derrière ce qui a fini, au fur et à mesure des arrachages, les haricots épuisés en tête. Cette rotation des cultures au fil du mois évite le grand vide de septembre.
Le jardin d’ornement prend de l’avance
Le potager n’a pas le monopole du mois d’août. Au jardin d’ornement, c’est la période des plantes bisannuelles : myosotis, monnaie du Pape, pensées et giroflées se sèment en pépinière, à l’ombre d’un mur exposé au nord, dans la première quinzaine ; repiquées en octobre à leur place définitive, elles donnent leurs premières fleurs dès les beaux jours. Un sachet semé maintenant fournit trente à cinquante plants pour le printemps suivant, là où les mêmes en godets coûteraient 2 à 3 € pièce en mars. Les premières fleurs des myosotis accompagneront les tulipes et celles des giroflées parfumeront tout un massif avant même les beaux jours. Ce jardinage d’avance ne coûte presque rien et ne demande qu’un coin ombragé.
C’est aussi le moment des bulbes à floraison automnale, les plus pressés de tous. Colchiques, crocus d’automne et cyclamens de Naples se plantent avant la fin du mois, à 8 ou 10 cm de profondeur, pour offrir leurs fleurs six semaines plus tard, quand le reste du jardin décline. On les trouve rarement en promo tant leur fenêtre de vente est courte. Si une promo se présente malgré tout, tâtez les bulbes avant de payer : fermes et lourds, ils fleuriront ; mous ou fripés, ils sont perdus d’avance. Ces plantations expresses ne réclament qu’une poignée de minutes ; passé le 10 septembre, il sera trop tard pour cette année.
Les plantes vivaces en godets, enfin, sont à planter en toute fin de mois si l’arrosage suit ; les jardineries les affichent d’ailleurs souvent en promo de fin de saison, ce qui allège la note. Heuchères et sedums installés fin août profitent des pluies d’automne pour s’enraciner et abordent la mauvaise saison déjà en place. Sur ce point, la plantation d’arrière-saison vaut largement celle de mars, à condition de ne jamais laisser sécher la motte les trois premières semaines.
Aromatiques, fraisiers et un détour par le verger
Côté plantes aromatiques, août est le mois du bouturage plus que du semis. Le romarin se multiplie en prélevant des tiges de 10 cm sur du bois semi-aoûté, piquées aux deux tiers dans un mélange léger maintenu frais à l’ombre ; le thym et la sauge suivent la même méthode. Les godets achetés en jardinerie, parfois en promo dès la mi-août, se plantent aussi maintenant dans un sol drainé ; leur entretien se résume à un arrosage hebdomadaire jusqu’aux pluies.
Les fraisiers méritent une place à part. Plantés entre le 20 août et la mi-septembre, en godets ou à partir des stolons de vos propres pieds, ils donnent des fruits dès juin prochain ; en région de montagne, on avance la date d’une semaine. Une plantation en avril, elle, fait perdre une année de fruits. Les variétés remontantes offrent une marge supplémentaire : leurs fruits reviennent par vagues jusqu’aux gelées, moins gros, mais souvent plus parfumés que ceux de juin. Comptez 30 cm entre les plants, collet au niveau du sol ; arrosez copieusement et paillez dans la foulée.
Au verger, en revanche, août est un mois d’entretien plus que de plantations : on arrose les jeunes arbres installés l’an dernier, on soutient les branches des arbres chargés de fruits et on range le plantoir. On ramasse aussi les fruits tombés au pied des troncs, car ils entretiennent d’une année sur l’autre les maladies de conservation. La bonne fenêtre pour les arbres fruitiers s’ouvre en novembre, à racines nues, quand la sève redescend. Les petits fruitiers vendus en conteneur, cassis, groseilliers ou framboisiers, tolèrent une mise en place plus précoce à condition d’arroser sans faiblir jusqu’aux pluies. Ce qu’on peut faire dès maintenant, c’est repérer l’emplacement, creuser le trou à l’avance et laisser le fond s’ameublir pendant deux mois ; ces travaux d’avance paient, car l’arbre planté en novembre dans un trou préparé reprend nettement mieux.
La méthode qui fait lever un semis d’août
Reste à réussir le geste lui-même, car semer en pleine canicule ne pardonne pas l’à-peu-près. La veille au soir, on ouvre le sillon et on l’arrose à fond, jusqu’à ce que l’eau ne s’infiltre plus. Semez le lendemain matin, tôt, dans une terre encore fraîche en profondeur. Semez clair aussi : une graine tous les deux centimètres suffit et l’éclaircissage n’en sera que plus rapide. La règle vaut pour tout ce qui se met en route ce mois-ci, du navet à la mâche : mieux vaut un rang clair qui respire qu’une ligne dense qu’il faudra dégarnir sous la chaleur.
Le semis se recouvre d’une fine couche de terreau plutôt que de la terre du jardin, qui croûte au premier arrosage. On plombe ensuite avec le dos du râteau : le contact entre la graine et le sol conditionne la levée. Puis vient la protection : un voile d’ombrage à 30 %, une cagette retournée ou une planche posée sur cales, n’importe quelle ombre portée arrête le soleil aux heures chaudes ; on la retire dès que les premières feuilles pointent.
Jusqu’à la levée, arrosez chaque soir, en pluie fine ; ensuite, espacez progressivement pour obliger les racines à descendre. Ce jardinage de fin d’été récompense la régularité plus que la vigueur : c’est ce rythme, davantage que la variété choisie, qui sépare les rangs d’août réussis de ceux qui disparaissent en une semaine. Ceux qui hésitent encore sur ce qu’il faut planter en août peuvent d’ailleurs commencer par un seul rang de mâche : le geste s’apprend en dix minutes et le résultat se mange jusqu’en mars.
L’automne dira si le mois a bien travaillé
Dans six semaines, les planches semées ce mois-ci seront vertes, les choux auront doublé, les colchiques auront ouvert leurs fleurs et les premières scaroles attendront leur blanchiment. Les dernières tomates, elles, auront cédé la place sans laisser de vide. Le jardin d’août ne se juge pas en août : il se juge en octobre, puis à chaque panier remonté entre décembre et mars. D’ici là, l’entretien tient dans un arrosoir chaque soir ; c’est peu, pour tenir la promesse.


